La mort de Napoléon à Sainte-Hélène ressemble encore à une affaire criminelle, mais les preuves racontent une histoire plus nuancée. La question de savoir qui a tué Napoléon Bonaparte conduit surtout vers une maladie de l’estomac, aggravée par l’exil, plutôt que vers un assassin identifié. Je distingue ici les faits de l’autopsie, la théorie de l’empoisonnement à l’arsenic et ce que l’on peut réellement affirmer aujourd’hui.
La réponse historique tient en quelques faits essentiels
- Napoléon meurt le 5 mai 1821 à Longwood, sur l’île de Sainte-Hélène, à l’âge de 51 ans.
- Les rapports d’autopsie désignent un cancer gastrique avancé, accompagné d’une hémorragie interne.
- La présence d’arsenic dans ses cheveux a nourri l’hypothèse d’un empoisonnement, mais ne prouve pas un assassinat.
- Aucun responsable, notamment le comte de Montholon, n’a été établi par des preuves historiques solides.
- La conclusion la plus prudente est celle d’une mort naturelle liée à une maladie digestive sévère.
La réponse courte est celle d’une mort naturelle
Napoléon Bonaparte est mort le 5 mai 1821 à Longwood, après près de six années d’exil à Sainte-Hélène. Il souffrait depuis longtemps de troubles digestifs, d’un amaigrissement marqué, de douleurs et de vomissements. Dans les dernières semaines, son état s’est brutalement aggravé.
À mes yeux, le point le plus important est simple. Aucune preuve sérieuse ne permet d’identifier un assassin. Les médecins présents après son décès ont observé des lésions majeures de l’estomac, compatibles avec un cancer avancé, et les signes d’une hémorragie interne.
Dire qu’il est mort « de maladie » ne signifie pas que les conditions de son exil n’ont joué aucun rôle. L’isolement, le climat de Sainte-Hélène, l’inactivité, le stress et des traitements médicaux parfois inadaptés ont probablement affaibli un organisme déjà très malade. Ils constituent des facteurs aggravants, pas la preuve d’un meurtre.

Ce que l’autopsie de 1821 révèle réellement
L’autopsie a été réalisée le 6 mai 1821 par le docteur François Antommarchi, en présence de plusieurs médecins britanniques et de témoins de l’entourage de Napoléon. Les rapports n’étaient pas parfaitement identiques, ce qui a alimenté les controverses, mais ils convergeaient sur l’existence d’une maladie grave de l’estomac.
Les médecins ont décrit un estomac profondément altéré, avec une large lésion et des signes qui ont été interprétés comme un cancer gastrique. Les recherches médicales modernes, notamment l’analyse anatomopathologique des rapports de l’époque, considèrent cette hypothèse comme la plus solide. Une hémorragie digestive aurait ensuite provoqué une dégradation rapide et la mort.
| Élément observé | Ce qu’il indique |
|---|---|
| Amaigrissement progressif | Une maladie chronique évoluant depuis plusieurs mois |
| Vomissements de sang | Une hémorragie digestive importante |
| Lésion étendue de l’estomac | Un cancer ou une atteinte ulcéreuse très avancée |
| Aggravation dans les derniers jours | Une complication aiguë sur une maladie déjà installée |
Le vocabulaire médical du début du XIXe siècle complique toutefois la lecture des documents. Les termes « ulcère », « inflammation » et « cancer » n’étaient pas toujours employés avec la précision actuelle. Cela explique les différences entre certains rapports, mais pas la disparition des indices cliniques qui désignent une affection gastrique sévère.
Pourquoi la théorie de l’arsenic continue de circuler
La thèse de l’empoisonnement repose principalement sur des analyses de mèches de cheveux attribuées à Napoléon. Elles ont révélé des concentrations élevées d’arsenic, un élément toxique qui a immédiatement semblé confirmer l’idée d’un assassinat politique.
Le problème est que l’arsenic était très présent dans la vie quotidienne au XIXe siècle. On le retrouvait dans certains médicaments, pigments, produits cosmétiques et préparations utilisées pour les cheveux. Des analyses de mèches provenant de périodes différentes de la vie de Napoléon ont également montré des taux élevés, y compris avant son installation définitive à Sainte-Hélène.
Cette continuité affaiblit fortement l’idée d’une administration secrète de poison dans les derniers mois. Elle peut indiquer une exposition chronique, mais elle ne permet pas de déterminer la dose, la date ni l’intention. Trouver de l’arsenic dans un cheveu ne revient donc pas à démontrer une intoxication mortelle.
Je me méfie particulièrement des raisonnements qui transforment un indice spectaculaire en conclusion définitive. Pour établir un empoisonnement, il faudrait relier la substance à des symptômes compatibles, à une chronologie précise et à une personne capable de l’administrer. Dans le cas de Napoléon, cette chaîne de preuves n’existe pas.
Les suspects avancés par l’histoire ne résistent pas à l’examen
Le nom le plus souvent cité est celui du comte Charles de Montholon, membre de l’entourage de Napoléon à Sainte-Hélène. Certains auteurs ont imaginé qu’il aurait pu empoisonner l’Empereur pour des raisons politiques, personnelles ou financières. Cette hypothèse est séduisante sur le plan romanesque, mais elle reste très fragile sur le plan documentaire.
On a également évoqué le gouverneur britannique Hudson Lowe et, plus largement, la responsabilité du gouvernement britannique. Lowe imposait une surveillance stricte et ses relations avec Napoléon étaient exécrables. Pourtant, une détention pénible ne constitue pas une preuve d’assassinat, pas plus qu’une hostilité politique ne démontre l’existence d’un ordre secret.
Un meurtre aurait d’ailleurs présenté un risque politique considérable pour les Britanniques. La mort suspecte d’un prisonnier aussi célèbre aurait pu transformer Napoléon en martyr et nourrir durablement la propagande française. Ce raisonnement ne prouve pas son innocence, mais il montre pourquoi la thèse d’un assassinat exige des éléments beaucoup plus forts que ceux dont nous disposons.
L’exil a aggravé une maladie déjà avancée
Napoléon n’est pas arrivé à Sainte-Hélène en parfaite santé. Ses dernières années ont été marquées par une baisse d’activité, des douleurs abdominales et une alimentation de plus en plus difficile. Dès le début de 1821, il ne parvenait plus à se nourrir normalement et a fini par rester alité.
Les traitements de l’époque ajoutent une part de confusion. Les médecins pouvaient utiliser du mercure, de l’antimoine ou des purgatifs dans des situations où la médecine moderne aurait privilégié une surveillance, une chirurgie ou des soins de soutien. Ces produits ont peut-être aggravé son état, mais ils ne remplacent pas le diagnostic principal fourni par l’évolution de la maladie et les observations de l’autopsie.
La chronologie est particulièrement parlante. Napoléon s’affaiblit lentement, puis vomit du sang à la fin du mois d’avril 1821, avant de connaître des périodes de confusion et une dégradation rapide. Ce scénario correspond bien davantage à une maladie gastrique compliquée d’une hémorragie qu’à l’image d’un homme soudainement éliminé par un poison.
Ce que l’on peut affirmer sans transformer le doute en légende
La formulation la plus exacte est la suivante. Napoléon est probablement mort d’un cancer de l’estomac avancé, compliqué par une hémorragie digestive. Les documents médicaux de 1821 et les analyses modernes donnent à cette explication un poids nettement supérieur à celui de la thèse de l’empoisonnement.
Il reste une marge d’incertitude, car aucun examen moderne n’a été pratiqué sur son corps et les rapports originaux présentent des différences. Mais l’incertitude scientifique ne signifie pas que toutes les hypothèses se valent. En histoire, une théorie doit être évaluée selon la qualité des preuves, pas selon son pouvoir de fascination.
La légende de l’assassinat persiste parce qu’elle correspond à l’image d’un homme devenu trop important pour mourir simplement. Pourtant, la réalité est peut-être plus forte que le complot. Après Waterloo, l’exil et la surveillance, le dernier adversaire de Napoléon fut vraisemblablement une maladie ancienne que les médecins de son temps ne pouvaient plus enrayer.
En résumé, personne n’a été identifié comme le meurtrier de Napoléon Bonaparte. La réponse historique la plus crédible reste une mort naturelle à Sainte-Hélène, causée par une affection gastrique grave, tandis que l’arsenic demeure un indice discuté, mais insuffisant pour renverser cette conclusion.