La fin de Napoléon Bonaparte n’a rien d’un simple épilogue militaire. Exilé à Sainte-Hélène après Waterloo, l’ancien empereur meurt le 5 mai 1821 à 17 h 49, à Longwood House, après plusieurs mois de souffrances digestives. Je reviens ici sur les faits établis, les conclusions de l’autopsie, la théorie de l’empoisonnement et le destin de sa dépouille.
Les faits essentiels en quelques repères
- 5 mai 1821 : Napoléon meurt à Longwood House, sur l’île de Sainte-Hélène.
- Il a alors 51 ans et vit en exil depuis près de six ans.
- Les médecins constatent une grave maladie de l’estomac, associée selon plusieurs rapports à un cancer et à un ulcère perforé.
- L’hypothèse d’un empoisonnement à l’arsenic a été largement discutée, mais elle n’est pas retenue par la majorité des spécialistes.
- Sa dépouille est transférée en France en 1840, puis installée aux Invalides en 1861.
Pourquoi Napoléon se trouve-t-il à Sainte-Hélène
Après sa défaite à Waterloo, le 18 juin 1815, Napoléon abdique une seconde fois. Il espère obtenir l’asile aux États-Unis, mais les Britanniques le capturent et choisissent de l’envoyer à Sainte-Hélène, une île isolée de l’Atlantique Sud située à près de 2 000 kilomètres des côtes africaines.
Il y arrive en octobre 1815 avec quelques fidèles, parmi lesquels le grand maréchal Bertrand, le général Montholon et le comte de Las Cases. Le gouverneur britannique Hudson Lowe surveille étroitement ses déplacements. Cette détention n’est pas une prison classique, mais la surveillance permanente, l’éloignement et les conditions de vie à Longwood pèsent fortement sur l’ancien souverain.
Napoléon passe ses dernières années à dicter ses souvenirs, organiser son entourage et façonner le récit de son règne. C’est un point essentiel pour comprendre la suite. Même affaibli, il ne cesse pas de penser à sa postérité politique et littéraire.
Les derniers mois d’un homme gravement malade
La santé de Napoléon se dégrade progressivement à partir de 1820. Il souffre de douleurs abdominales, de nausées, de vomissements et d’une perte de poids marquée. À la fin du mois de janvier 1821, il ne supporte plus qu’une alimentation liquide. Le 17 mars 1821, il est contraint de garder le lit.
Ses symptômes s’aggravent en avril. Les témoignages évoquent une grande faiblesse, des épisodes de fièvre, des douleurs persistantes et des vomissements sombres qui peuvent correspondre à du sang digéré. La médecine de l’époque ne dispose ni d’examens radiologiques ni d’analyses fiables permettant d’identifier une tumeur avec la précision actuelle.
Napoléon comprend pourtant que sa fin approche. Il dicte son testament, règle certains détails de ses funérailles et demande qu’une autopsie soit pratiquée. Son père étant mort d’une maladie de l’estomac, il se demande lui-même si cette affection ne touche pas sa famille.
Dans la nuit du 5 mai, son état devient critique. Il meurt dans le salon de Longwood House, entouré par plusieurs compagnons d’exil. Le décès est constaté à 17 h 49. Il avait 51 ans.
Ce que révèle l’autopsie du 6 mai
L’autopsie est réalisée le lendemain par son médecin personnel, Francesco Antommarchi, en présence de plusieurs médecins britanniques et de témoins français et anglais. Les rapports ne sont pas parfaitement identiques, ce qui a nourri les controverses ultérieures, mais ils décrivent tous un estomac profondément altéré.
| Élément observé | Ce qu’il signifie |
|---|---|
| Lésion étendue de la paroi de l’estomac | Elle correspond à une maladie digestive très avancée. |
| Ulcère perforant | Une perforation avait été partiellement obturée par un organe voisin, ce qui a probablement retardé la mort. |
| Sang altéré dans l’estomac | Il peut indiquer une hémorragie digestive interne. |
| Ganglions et tissus anormaux | Certains observateurs y ont vu les signes d’une affection cancéreuse. |
Le diagnostic formulé en 1821 est généralement résumé par l’expression cancer de l’estomac compliqué par un ulcère. D’autres lectures ont insisté davantage sur l’ulcère perforé et l’hémorragie. Avec les critères de la médecine moderne, la maladie gastrique avancée reste l’explication la plus solide, même si les spécialistes discutent encore la nature exacte de la lésion.
Un traitement administré dans les dernières heures, le calomel, a également été mis en cause. Ce médicament à base de mercure était utilisé comme purgatif. Il a peut-être aggravé l’état d’un patient déjà très affaibli, mais il ne constitue pas à lui seul une explication suffisante de la maladie qui évoluait depuis des mois.
L’arsenic a-t-il causé la mort de Napoléon
La théorie de l’empoisonnement devient populaire bien après 1821. Elle repose notamment sur la découverte de concentrations élevées d’arsenic dans des mèches de cheveux attribuées à Napoléon. À première vue, l’argument semble convaincant. Pourtant, il faut comparer les prélèvements avec des cheveux datant de périodes différentes de sa vie.
Cette comparaison a montré que l’arsenic était déjà présent dans des échantillons antérieurs à l’exil. Il pouvait provenir de l’environnement, de certains produits médicaux, de pigments utilisés dans les papiers peints ou de pratiques courantes au XIXe siècle. Sa présence ne prouve donc pas un empoisonnement volontaire à Sainte-Hélène.
Les symptômes observés correspondent aussi bien à une maladie gastrique sévère qu’à une intoxication chronique. C’est ici que je trouve les récits sensationnels les moins convaincants. Ils isolent un indice spectaculaire, mais négligent l’ensemble du dossier médical, notamment l’autopsie et l’évolution lente de la maladie.
La conclusion la plus prudente est donc la suivante : l’arsenic a pu contribuer à la dégradation générale de sa santé, mais rien ne permet d’affirmer qu’il a été assassiné. La cause principale de la mort reste une affection grave de l’estomac, probablement accompagnée d’une hémorragie interne.
Les funérailles et le destin de sa dépouille
Napoléon est enterré le 9 mai 1821 dans la vallée de Sane, à Sainte-Hélène. Les autorités britanniques lui accordent les honneurs dus à un général, mais refusent de faire inscrire le titre d’empereur sur la tombe. La cérémonie rassemble ses compagnons français, des représentants britanniques et plusieurs habitants de l’île.
La nouvelle met plusieurs semaines à parvenir en Europe. Elle atteint l’Angleterre au début du mois de juillet, puis la France. Ce décalage entre la mort réelle et son annonce laisse le temps aux rumeurs de circuler. Le deuil se transforme rapidement en récit politique et littéraire.
En 1840, sous la monarchie de Juillet, la France obtient le retour des restes. Le transfert, connu sous le nom de retour des Cendres, devient une immense cérémonie nationale. La dépouille est finalement installée sous le dôme des Invalides le 2 avril 1861, dans un tombeau monumental qui contribue à transformer l’ancien empereur en figure patrimoniale.
Les rumeurs sur une substitution du corps ont parfois ressurgi, notamment à cause de différences entre les récits de 1821 et ceux du retour en France. Elles ne reposent toutefois sur aucun élément historique solide. Les proches qui reconnaissent la dépouille à Sainte-Hélène ne signalent aucun doute sérieux sur son identité.
Pourquoi cette disparition nourrit-elle encore la légende
Napoléon meurt loin de la France, après avoir perdu son pouvoir et ses armées, mais il conserve jusqu’au bout une capacité exceptionnelle à organiser son image. Son testament, les récits de ses compagnons et la publication du Mémorial de Sainte-Hélène donnent naissance à un personnage presque mythique.
La maladie elle-même participe à cette transformation. Le conquérant vaincu devient un homme seul, enfermé sur une île, confronté à ses souvenirs et à sa propre fin. Cette image romantique a profondément marqué la culture française, la peinture, la littérature et la mémoire politique du XIXe siècle.
Pour comprendre la mort de Napoléon, il faut donc tenir ensemble deux dimensions. La première est médicale : une affection gastrique probablement cancéreuse, aggravée par une hémorragie et des soins limités. La seconde est historique : à partir du 5 mai 1821, un décès documenté devient le point de départ d’une légende qui continue de façonner notre regard sur l’empereur.